Pour une culture vélo
Pierre-Luc Vacher - 25/09/19
La Loire à vélo 2019 en famille
loire logoloire 2
La famille
s'agrandissant (S. était enceinte à l'Altertour 2017, vous vous souvenez ?), c'est avec nos 2 garçons (19 mois et 3,5 ans) que nous sommes allés de Saint Nazaire à Chatilon sur Loire le long de la Loire à Vélo.




Résumé de l'organisation générale :
- départ le 26 juillet 2019 depuis notre appartement à Bagnolet (93 limitrophe Paris) en vélo + carriole jusqu'à la gare de Montparnasse,
- arrivée à Saint Nazaire où nous passons 2 nuits, puis traversée du pont en navette,
- trajet Loire à vélo de St Brévin à Chatillon sur Loire,
- retour en train depuis Briare jusqu'à Paris-Bercy puis en vélo jusqu'à notre domicile le 27 août 2019,
- Total : environ 700 kilomètres sur 4 semaines (soit 25-30 km/jour).

Choix de l'itinéraire

loireAu départ nous pensions faire l'itinéraire dans le sens "classique" de la descente de la Loire (comme plus de 80 % des cyclistes) mais nous voulions être sûrs de voir l'océan et ne savions pas quel serait notre rythme sur 4 semaines. Nous sommes donc partis de l'océan. Dans ce sens-là, on peut aussi dire que nous avons fait une partie de l'Eurovéloroute 6 qui va de Saint Nazaire à la Mer Noire (Roumanie).
Bien qu'avoir un but ultime clair (arriver à la mer) aurait sans doute été motivant et encourageant, ce choix du sens montant de la Loire a été finalement plutôt avantageux car c'est aussi le sens du vent - qui nous poussait. Pour passer le pont de Saint Nazaire (la traversée en vélo est possible en vélo mais déconseillée à cause du vent et de la hauteur), la navette gratuite de Saint Nazaire à St Brévin les pins était libre dans notre sens alors qu'il fallait attendre plusieurs tours dans l'autre sens.

Guide de voyage - balisage

À l'heure des portables, avec un itinéraire très emprunté et relativement bien balisé, on pourrait penser qu'un guide papier n'est plus nécessaire ; pour nous, partir en vacances était aussi s'affranchir de la panneau(relative) dépendance au portable, sachant que nous n'étions pas toujours en condition d'être sûrs de pouvoir recharger les batteries. Ensuite, ne disposant de support permettant de lire le portable en roulant, utiliser un portable pour l'itinéraire signifierait (et a signifié quelques fois), s'arrêter, sortir le portable du sac ou de la poche, retrouver la page web de la carte, puis ranger et repartir, bref pas si commode à l'usage !
Nous avons donc opté pour un guide papier, acheté dans une librairie de Saint Nazaire : "La Loire à vélo de Nevers à l'Atlantique", Collection Grands itinéraire à vélo, édition Chamina. Les pages se lisent horizontalement, on voit les cartes des itinéraires découpés en trajets d'une vingtaine de kilomètres, les descriptifs des choses "à ne pas manquer" sont succincts mais suffisants. 
Parfois, pour nos centres d'intérêts à nous (retrouver le chemin, trouver un camping..), le portable a quelquefois été utile mais nous n'hésitions pas à demander aux cyclistes croisés sur la route ou aux habitants.
Nous avons observé des petits changements par rapport au guide : parfois était indiqué un trajet unique sur une seule rive alors qu'un itinéraire plus récent ou plus ombragé existait sur l'autre rive. Nous avons regretté que le balisage soit uniquement centré sur la suite de l'itinéraire et n'indique pas les centres bourgs ou les lieux de pique-nique. Parfois l'itinéraire quitte la Loire pour faire découvrir des vignes (saumurois par ex.) ce qui peut sembler intéressant a priori mais inutile pour les familles avec jeunes enfants surtout à cause du dénivelé qui va avec. On imagine que c'était un choix sécuritaire pour échapper à la route trop passante potentiellement dangeureuse pour les cyclistes mais nous aurions aimé que l'itinéraire reste le plus souvent possible au plus près de la Loire.

Matériel

La carriole utilisée en 2016 pour le voyage en Hollande avait été rendue. Nous en avons donc acheté 2 vélos 1 carrioleune fin juin. Force est de constater qu'elles sont de plus en plus recherchées : c'est bon signe mais ça voulait dire que les occasions partent vite ! Il y a beaucoup de modèles, qui se ressemblement plutôt globalement, mais les prix des neuves vont de 100 € à 1400 € et le prix des occasions reste élevé ! Ayant constaté lors du premier voyage avec un seul enfant l'importance de la souplesse (à l'époque nous avions adapté un transat bébé dans la carriole non suspendue), nous avons donc recherché un modèle avec suspension. Les blogs des voyageurs nous ont mis sur des pistes et finalement nous avons acheté d'occasion une carriole Charriot XL (2 places), suspendue, à 380 € (pour info, la marque Charriot est remplacée par Thule aujourd'hui).
Nos 2 garçons (18 mois et 3,5 ans) tenaient plutôt bien tous les 2 mais ma compagne avait tenu à conserver les 2 sièges vélos sur son vélo pour pouvoir varier les combinaisons = 1 enfant dormant en carriole/l'autre sur un siège vélo, les 2 sur des sièges, les 2 en carrioles...
Cette disposition et la nécessité d'emporter suffisamment de matériel et d'habits pour 4 semaines de voyage ont rendu indispensable l'achat d'une paire de saccoches supplémentaires (en plus de nos 2 paires) et de deux porte-bagages avant (un pour les saccoches, l'autre pour un cageot de marché à l'avant de mon vélo). Comme des saccoches arrières ne sont pas compatibles avec un siège bébé arrière, nous avions commandé une rallonge de porte-bagage arrière sur internet mais quand l'avant-veille du départ elle n'était toujours pas arrivée, nous avons annulé la commande et j'ai fabriqué une rallonge en bois.
Globalement cet équipement permettait de rouler sans trop d'efforts supplémentaires par rapport aux vélos non chargés (qui sont nos vélos du quotidien) mais deux enfants sont quand même plus lourds q'un seul ! Seules les montées étaient plus pesantes et nous avons fini beaucoup de côtes à pied - ce qui n'est pas vraiment un problème.


Visites et centres d'intérêt

Bien sûrchateau, sur un tel itinéraire, on croise de nombreux châteaux ("de la Loire"). Nous savions dès le départ que nous ne pourrions pas/voulions pas les visiter tous avec les enfants, nous sommes juste allés en voir deux : le château de l'illette, près d'Azay le Rideau (qui n'est pas le château d'Azay mais celui où Rodin et Camille Claudel se sont parfois retrouvés), un jour de pluie, parce que nous avions vu que le prix d'entrée permet accéder à des déguisements enfants et adultes en princesse/chevalier : grand succès chez nos enfants !
Egalement le château de Meung sur Loire, un autre jour de pluie, car des animations accessibles aux enfants étaient proposées : chercher les objets intrus dans les pièces du château, tirer à l'arc guidé par un archer en costume, frapper la monnaie, découvrir les sortes d'épées avec des guides costumés. Et enfin, retrouver une cuisinière en costume qui préparait des recettes du 17-18e dans l'âtre avec des ustensiles de l'époque.
Nos vrais centres d'intérêt étaient les aires de jeux dans les squares ou les parcs, les boulangeries, les épiceries, les glaciers (souvenir de délicieuses pâtisseries/glace dans la rue piétonne de Gien), les guinguettes, les ateliers d'artisanat, les expositions, les pharmacies, les petits restos, les
jardins et quelques Offices du tourisme. En quittant le festival des jardins de Chaumont sur Loire, nous sommes allés dans un camping à la ferme 4 étoiles qui nous avait été conseillé sur la route : l'entrée permettait de tenir des lapins et cochons d'Inde sur les genoux, de monter dans un tracteur, d'accéder à une piscine (boudée par les garçons),
En fait, nous quittions souvent notre lieu d'hébergement en milieu de matinée, roulions un peu avant d'atteindre soit un site où pique-niquer soit un village ou bien un lieu où manger. Puis arrivaient les heures chaudes un peu tendues où nous cherchions à faire faire la sieste aux enfants, pas toujours d'accord, (mais on ne se voyait pas trop rouler entre 14 h et 17 h ! > d'où la recherche de lieux au frais, plus ou moins sécurisés pour les enfants : parc ombragé, cour terrasse d'un restaurant accueillant...). Puis nous roulions jusqu'au prochain point d'hébergement après avoir soit pique-niqué en route soit diné dans un petit resto car, comme pour le voyage en Hollande, nous avions fait le choix de ne pas emporter de réchaud.


Hébergement

La tente de nos voyages ptenterécédents (une 2-3 places légère) devenait trop petite pour nous 4, même en mettant les 2 garçons bout à bout sur un couchage. Nous avons donc acheté une vraie tente 4 places (Quechua Quickhiker Ultralight). Elle est légère (4,15 kg), petite pliée, on ne s'y tient pas debout mais elle dispose d'un grand espace de vie/rangement où nous pouvions abriter notre matériel, la nourriture, prendre le petit déjeuner ou ... changer les couches.
Nous avons principlament dormi sous la tente dans des campings ou en bivouac. Nous avons aussi pu être hébergés en couchsurfing  et en warmshower (avec une nuit dans une caravane dans le jardin d'une famille). Ce sont des modes d'hébergement gratuits que nous apprécions surtout pour les rencontres toujours un peu magiques qu'elles favorisent. Nous avons pu être aussi hébergés par des amis ou nos familles situés le long de la route (Azay le Rideau, Blois, Olivet).
Quand il a plu à Saumur et à Meung sur Loire, nous sommes allés nous requinquer dans des chambres d'hôtes.
À cause de la fatigue accumulée (moins physique - nos étapes ne dépassant pas 30 km - que les discordances de rythme avec les enfants), nous nous sommes arrêtés 2 nuits à certains endroits notamment au sud d'Angers dans un camping sympatique et adapté pour les enfants.
Avec le recul, peut-être que nous aurions pu prendre le temps de nous arrêter vraiment à mi parcours par exemple 5 ou 7 jours, ou alors prévoir de vraies vacances reposantes (sans les enfants ?) après le parcours. C'est semble-t-il ce qu'ont fait d'autres voyageurs croisés sur la route, surtout ceux qui faisaient les grands trajets comme nous.

Les trains

Nos expériences du train avec les vélos et la carrioles étaient suffisamment négatives pour penser à prendre nos précautions cette fois (notamment pour accéder aux quais ou aux voitures). Pour le trajet aller Paris - Saint Nazaire, nous avons acheté nos billets TGV avec 2 emplacements vélos. Nous nous sommes présentés à la gare Montparnasse suffisamment en avance pour la montée depuis la rue jusqu'au quai à l'étage suppérieur. Nous avons eu la bonne surprise de trouver un ascenseur suffisant grand pour tout monveloster en deux voyages, sans même séparer la carriole de mon vélo. Pour monter dans le train, nous avions prévu de mettre tout le contenu de la cariole dans des gros sacs et la plier (elle devient alors comme une grosse valise sans les roues). Le contrôleur nous a rappelé que les carrioles n'étaient pas autorisées mais qu'on avait de la chance de tomber sur lui et qu'il nous autorisait à la rentrer. L'arrêt à Saint Nazaire n'est pas un terminus : nous n'avions que 3 min pour descendre la carriole, les 2 vélos chargés (qui doivent passer dans un espace en tournant à 90°) nos sacs et les 2 garçons : c'était juste !
Pendant le voyage le long de la Loire, lors des rencontres dans les campings ou sur la route, évoquer la problématique des vélos en train avec d'autres cyclistes, était source de connivence et d'appartenance à la communauté des cyclistes voyageurs... Visiblement nous ne sommes pas les seuls à être marqués par cette expérience. Bizarrement la SNCF ne semblent pas en tenir compte pour l'instant.
Quand même : il y a près d'un million de voyageurs le long de l
a Loire chaque année : bien sûr que tout le monde ne fait pas tout le trajet ni n'accède au parcours depuis un TGV, ni ne voyage en carriole avec des enfants, mais ça doit faire malgré tout un bon paquet de gens pour qui la partie "train" du voyage n'est pas glorieuse, même s'il y a certains trajets où ça fonctionne (par ex. le TER au départ d'Amiens vers Paris : gare et train de plein pied, entrée dans la voiture sans rien démonter). Bref encore des gros efforts à faire de ce côté-là !

Au retour, nous avons pris le billet TER à la gare de Briare sans réservation. L'accès aux voitures est avec un gros dénivelé et l'emplacement vélo est un petit carré où les vélos sont à suspendre verticalement, ce qui n'est pas possible avec des vélos ayant des sièges enfants et des saccoches. Là le contrôleur nous a même aidés à monter les vélos dans le train, a juste demandé de laisser le passage pour la circulation. À l'arrivée à Paris-Bercy qui est un terminus, nous avons pu prendre le temps de les décharger et de réinstaller la carriole pour les derniers kilomètres dans Paris.

La Loire

Les paysages le long du grand fleuve étaient souvent très beaux. Ses méandres et ses bandes sableuses (plus nombreuses que d'habitude à cause de la sécheresse) me séduisent depuis mes années d'études à Blois et à Tours. L'itinéraire côté ouest est souvent proche de la Loire, parfois on ne la voit plus à cause d'une rangée d'arbres puis on la retrouve.
Parfois il faut passer un pont pour suivre l'itinéraire ou juste pour faire des courses si le village est de l'autre côté. Dans le saumurois, l'itinéraire s'écarte un peu et il faut monter souvent : quand c'est pour un village troglodytique c'est sympa, mais quand c'est pour un détour qui ne nous semble pas justifié ni spécialement beau, on ne voit pas trop l'intérêt. Entre Angers et Blois, là où sont les châteaux et surtout les toits d'ardoises et les pierres blanches de tuffeau, je me sentais en pays connu et ce voyage m'a fait découvrir combien je me sens proche de ce fleuve, peut-être plus que je l'imaginais. Plus loin vers Orléans on côtoie la Beauce déjà un peu différente, puis la Sologne vers Saint Benoit sur Loire ou Sully sur Loire : les toits sont en tuile, les maisons peut-être moins attirantes. Enfin nous avons dépassé Gien, aux surprenantes façades côté Loire, pour aller jusqu'à Briare avec l'arrivée le long du canal au-dessus de la Loire - et une patisserie judicieusement placée. Le terme du voyage approchait et nous pouvions rentrer par le train depuis cette gare. Mais quelques lignes du guide nous ont convaincus de pousser jusqu'à Chatillon sur Loire où se croisent la Loire et son canal latéral;  là on rentrait dans un univers encore différent, peut-être encore plus sauvage. Il m'en reste l'envie de revenir une autre fois découvrir cette partie entre Gien et Nevers qui m'est la plus inconnue.

Se souvenir des belles choses

Le problème avec ce voyage pourtant effectué sur un rythme tranquille, est que nous sommes allés dans tellement d'endroits, avons fait tellement de choses que dès notre retour tous ces souvenirs s'entremèlent; nous avons du mal à retrouver où nous avons mangé ou vu ceci, était-ce avant ça ou après ceci ... ?. J'ai un peu l'impression d'avoir papillonné, alors que chaque ville, chaque château, chaque détour, chaque visite méritait d'y accorder plus d'importance.

Je voudrais partager pour finir ces quelques beaux souvenirs que j'aimerais conserver (
les moins bons souvenirs seront oubliés :-)

- Les belles chansons personnelles de Mathilde notre hôtesse à Saint Nazaire, qui s'accompagnait à la guitare,
- retrouver nos amis belges sur le trajet chez d'autres amis au Pellerin pas vus depuis longtemps,
- l'accueil chez d'autres amis à Azay,
- le camping de Sainte Gemmes près d'Angers,
- des pâtisseries à Gien et à Briare,
- les bivouacs, surtout celui près de Rigny, entre prairies et forêt,
- la café offert au matin par une dame qui nous avait proposé d'installer la tente dans son jardin la veille au soir,
- les animaux sauvages : chevreuils, lapin, bébés grenouilles, des aigrettes, des hérons et un blaireau (vu pour la première fois, mais mort sur la route),
- une tarte aux prunes faite à plusieurs chez Madeleine à Blois,
- les mûres mûres cueillies au bord du chemin et mangées ensemble sur place,
- un ver luisant à Sully sur Loire, 
- la jolie vue en ouvrant la tente le matin à Sully sur Loire (photo ci-dessous)...


lever de soleil

Quelques liens

Quelques photos du parcours vélo 2019

blog d'une famille le long de la Loire en vélo

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